Les noces de mariage durent officiellement 3 jours :
Le premier jour, le mari doit se preparer au grand jour et il lui est conseille de ne pas trop apparaitre (histoire d'eviter le mauvais oeil). Les conseils necessaires lui sont prodigues par sa grande s?ur ou une de ses tantes (masse iyssli). La mariee elle-aussi est passee au peigne fin (le henne et toutes les preparations necessaires) et bien sur, il y'a les invites qui affluent le soir menus de leurs cadeaux (tarzifte), qui pouvaient etre soit des bijoux ou des vetements pour la mariee soit du sucre en pins ou du miel naturel, Amlou (melange d’amandes grillees et d’huile d’argan) ou le beurre berbere (odi) ).
Le 2eme jour est fatidique, car c'est le jour de la rencontre officielle entre "Isselli et Tisslite". Auparavant, la mariee est acheminee a dos de cheval ou a defaut a dos de mulet, avec un cortege de femmes et des hommes (Imengfene et temenguefine), de meme les enfants ne sont pas en reste (l'un d'entre eux de preference le frere de la mariee emporte une natte "taguertilte".
La tradition vaut que la mariee soit tenue sur le mulet par l'un de ses proches (de preference son frere, son cousin ou son oncle). Comme il a ete mentionne, elle doit pleurnicher en signe de tristesse en quittant les siens (pleurer reellement ou faire semblant de pleurer sous peine de subir les piqures de « timenguefine ») . A l'arrivee au domicile du mari, les "timnguefine" accompagnant la mariee et celles representant le mari sont opposees a la porte de la maison en echangeant des chants rythmes de tandamte dont le contenu est sagement appris par c?ur et transmis de mere en fille selon des regles seculaires inalterables, confrontation poetique parfois virulent.
A l'issue de ce concert « sacre », le mari fait son apparition sur l'endroit le plus eleve de la maison dument designe la veille . Le mari effectue l'operation en jetant a volonte des dattes, des amandes, des morceaux de sucre voire des pieces de monnaie sonnantes,et aussi des grains d'argan(afiache) car il ya une resemblance avec des dattes , trebuchantes sur les « imenguefene » (le cortege de la mariee). Les personnes serviteuses de la mariee (le transporteur de taguertilte, le soi-disant moniteur sur la mule et les timengfine) doivent etre remboursees selon leurs honorables prestations apres marchandage.
Apres, le meme mari est tenu de descendre en vue d'accueillir la mariee en lui donnant a boire le petit lait (agho) au seuil du portail de la demeure. Apres quoi les "imenguefen" accedent a la maison, les femmes sont emmenees avec la mariee vers une chambre prealablement amenagee a cette fin (ahano). Cette derniere «(la mariee) doit s'installer dans un coin dudit ahano. Quant aux hommes "imenguefen", ils sont accueillis dans un autre salon "amessriye" separes des femmes.
Apres un voyage ardu, les gens s'appretent a manger. Les serviteurs des invites "irdadene" sont a pieds d’?uvre en vue de servir tout le monde et d'etre a la mesure de la fete a tous les egards, tout le monde doit etre content tant les "imenguefen" que les autres invites et tous les habitants du village. Ainsi, les parfums et le basilic (lehbak) sont pulverises a volonte sur les invites. Mais, avant d'entamer le dejeuner, les "imenguefen" exigent d'entendre les youyous (zegharite) d'une si charmante femme et la presentation des plus beaux bijoux d'argent en signe d'opulence et tout ca s'inscrit dans le cadre de l'esprit d'hospitalite caracterisant les berberes.
Apres tout le monde doit accompagner la mariee pour faire une petite sortie vers la source d'approvionnement d'eau du village ou a defaut le puit alimentant le village en eau potable, rituel certes, mais egalement l'occasion pour la mariee de respirer un peu d'air frais apres une longue journee pleine de rituels si magnifiques et athentiques. A l'arrivee a la source d'eau, un gamin non-orphelin doit jeter une pierre nodulaire dans le puit pour faire entendre l'importance du volume d'eau, richesse du village. On fait monter un seau d'eau "aga" et tacher a servir en premier la mariee en pleins mains. La meme demarche est repetee, en designant des jeunes garcons non-orphelins qui seront abreuves en pleines mains de la mariee, ce qui declenche la bousculade des gamins pour etre parmi les privilegies a abreuver la mariee.
Et sur ce, la premiere journee prend fin et les imneguefen quittent les lieux a destination de leur douar et ce, apres avoir pris un ultime goutter "wazwit".
Apres le depart des imenguefen a la fin de la premiere journee de mariage, le mari commencera a se frotter les mains et se prepare a decouvrir son epouse (la mariee). La maison est presque deserte apres une journee rude, les invites du mari en ont conscience et sortent pour se rafraichir a l'exterieur, en attendant que notre mari finisse la decouverte de la mariee. L'heure du diner s'approche et l'activite reprend a niveau a la maison, et bien evidemment tout le monde attend la reapparition du mari.
Ainsi, apres avoir pris le temps necessaire de decouvrir sa mariee, il reapparait et doit saluer en premier son pere en recompense de son choix judicieux en le mariant avec cette femme belle et vierge attestee. Puis, apres il se dirige vers les invites pour leur exprimer sa joie et sa satisfaction en les arrosant genereusement des parfums meles des youyous des femmes (tagherite).
Tout le monde est content et le diner est servi apres lequel les invites auront droit au the a la menthe accompagne des amandes et des cacahouetes grillees ornees des biscuits. Les participants doivent designer "un expert" en the certifie par les habitants du village en vue d’accomplir une telle tache. Une fois notre bon homme "a the" designe, on lui sert un service a the complet, compose notamment d’une tabla argentee ou des verres des plus jolis sont soigneusement arranges et couvert d'un foulard en soie, des boxes argentes contenant du sucre en pain casse et le the reconnu de qualite et une bouillard contenant de l'eau chaude pour preparer le the ; en attendant la preparation du the, les gens profitent de l'ambiance a l'habitude des berberes ayant le sens de l'humour, dans des circonstances pareilles, on trouve toujours des gens jouant le clown.
La meme ambiance regne du cote des femmes qui savourent elles aussi a leur maniere la joie de la fete un peu loin des yeux des hommes.
Apres le diner, tout le monde homme et femmes est invite a se rendre a la cour de la maison (lhoche) ou les tapis et les nattes sont installes la ou les invites doivent continuer la fete pour contempler le deroulement de l'art traditionnel de la chanson berbere athentique : AHWACHE. Auparavant, on n'avait pas l'habitude de faire appel a des groupes, la plupart des habitants du village et des invites sont rompus a cet art a dominante verbale, le berbere est connu pour la poesie verbale, des instruments de musique anciens fabriques en peau de veau ou de chevre selon la nature de chaque instrument. Le concert peut continuer en toute quietude jusqu'a une heure tardive de la nuit.
Le deuxieme jour, nous sommes toujours chez la famille du mari, car l'essentiel des festivites se deroule du cote de la famille de mari. Des le matin, ca sera les gens se mettent a pied d’'oeuvre en preparation du grand voyage vers la famille de la mariee, le voyage est compose uniquement des hommes a leur tete notre mari plein de joie, l'objectif est d'aller remercier les parents de la mariee en signe de satisfaction de la mariee. Cette foule d'hommes s'appele "IMEGHRANE" c'est l'equivalent des "IMENGUEFEN" du cote de la mariee, ce sont des gens invites par le mari a cette fin, c'est pour cette raison qu'on les appele ainsi. Apres avoir pris le dejeuner vers midi selon bien sur les traditions observees en de pareilles circonstances, et avant de partir a destination de la famille de la mariee, les "IMEGHRANE" doivent celebrer une tournee d'AHWACHE devant la maison du mari sous les yeux discrets des femmes contemplant le spectacle a partir de la terrasse de la maison en prononcant de temps a temps des youyous "ZEGHARITE". Apres la foule des hommes tous habilles des dejalabas blancs, des babouches et enfilant des poignards argentes, presentant ainsi un magnifique tableau que PICASSOU aurait omis de dessiner avant sa mort. Le mari est a la tete de la foule sur son mulet et tout le monde avance en ch?ur dans la meme direction sous un concert de chants rythmes auxquels s'ajustent la voix de "ganga et d'aloune". A l'arrivee chez la famille de la mariee, la foule des hommes est accueillie par les youyous des femmes. Meme rituel, avant de rentrer, les hommes doivent presenter une tournee d'ahwach sous les regards des femmes ornant la terrasse de la maison, apres quoi ils sont invites a penetrer dans la maison en les arrosant des parfums et sont orientes vers un salon meuble de tapis. Les gens sont servis a volonte, le repas est generalement constitue a l'entree par une variete de plats constitues d'huile d'argan, du miel de preference naturel, le beurre berbere (oudi) ainsi qu'amlou fait a base d'huile d'argan et des amandes grillees et brouille dans un moule traditionnel (azergue), peu apres cette entree, on sert le tagine berbere prepare a base de legumes fraiches, de viande de mouton ou de veau, d'huile d'argan et bien pimente avec divers epices donnant un gout exceptionnel parfois piquant mais delicieux.
Apres avoir servi les gens, le the encore une fois selon les memes traditions deja decrites ci-dessus.
Le troisieme jour se passe generalement avec un monde reduit constitue des proches de la famille, on se repose un peu et la journee est generalement consacree aux "TELEBA" des fqihs venant des douars environnants invites a prononcer le CORAN a la maison dans le but de chasser les demons, le rituel s'appele "SLOKTE".
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